Guantanamo par ceux qui l'on vécu
Dossier Le Monde.fr janvier 2012
ou comment bafouer les droits humains les plus fondamentaux
L'accord PS / EELV
Texte de l'accord
Lettre de Cécile Duflot aux adhérents d'EELV. Besoin de se justifier ?
Cécile Duflot, Secrétaire nationale
Paris, le lundi 21 novembre 2011
Chers amis, chères amies,
Le Conseil fédéral a voté ce week-end un accord de mandature avec le Parti socialiste qui porte à la fois sur les questions programmatiques et électorales.
Nos négociateurs et négociatrices, qui représentaient la diversité du mouvement, sont partis du mandat donné par l'Assemblée fédérale de La Rochelle. Dans cette motion, nous avions acté le choix de présenter un-e candidat-e à l'élection présidentielle défendant le projet de l'écologie politique. La motion visait également à élaborer un pacte d'alternative reposant sur le principe d'autonomie contractuelle. Cette conjonction est inédite. En 1997, il y avait un accord, mais il n'y avait pas d'élection présidentielle. Ce qui n'était pas le cas en 2002 et 2007.
Le Front de gauche, malgré des sollicitations lors de nos Journées d'été et un appel public à l'occasion de la Fête de l'Humanité, n'a pas souhaité participer à ces discussions. Avec le Parti socialiste, elles ont débuté au mois de juin et se sont accentuées dès septembre, les questions électorales et programmatiques étant conduites parallèlement. L'ambition a été de mener les négociations sur l'ensemble des sujets que nous portons, la diversité et la globalité des projets écologistes et socialistes ne pouvant se résumer à quelques propositions. Six groupes de travail ont ainsi travaillé sur les questions environnementales, énergétiques, économiques, sociales, sociétales, internationales et démocratiques.
Rapidement, nous sommes arrivés à un certain nombre d'accords et de désaccords sur des sujets majeurs. Les questions du nucléaire et de la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes étaient des points de clivage. Ces négociations ont également été ralenties par les débats internes aux socialistes lors de leur primaire. Certain-e-s candidat-e-s socialistes se sont ainsi prononcés pour la construction de Notre-Dame-des-Landes, d'autres contre. Sur le nucléaire, les candidat-e-s ont toutes et tous eu des positions différentes : favorable à la poursuite du programme électro-nucléaire, pour la réduction à moyen terme, pour la sortie à moyen terme voir à très long terme.
La primaire terminée, les négociations ont repris. Ces négociations ont toujours eu lieu entre partis, mais la vision présidentialiste du parti socialiste a personnalisé ces négociations, la délégation socialiste changeant à l'issue de la primaire socialiste.
Le candidat socialiste ne souhaitant pas fixer un horizon à la politique énergétique française au delà de 2025, il ne souhaitait pas inscrire la sortie programmée du nucléaire dans l'accord. Nous étions prêts à ce pas, à condition que la transition énergétique jusqu'à 2025 soit compatible avec un scénario de sortie du nucléaire. L'EPR de Flamanville est devenu rapidement un point de crispation.
François Hollande s'est néanmoins prononcé publiquement, le lundi 14 novembre pour la poursuite du chantier de Flamanville, refusant tout recul sur la question. Il semble qu'une partie de son entourage était favorable à cet accord, considérant qu'un rassemblement était un préalable pour vaincre la droite, et que d'autres y étaient opposé. Pour des raisons idéologiques, pour des raisons électorales, certains estimaient que l'on pouvait se passer de concessions aux écologistes pour gagner. L'échec de l'accord puis de la gauche en 2002 et en 2007 a montré les limites de ce raisonnement. Pour permettre une victoire de la gauche et des écologistes, et acter les multiples avancées de l'accord nous avons décidé de sortir du texte les questions de l'EPR de Flamanville et de Notre-Dame-des-Landes.
En effet, il était impossible pour nous de trouver un compromis qui aurait envisagé la poursuite des travaux. Nous avons ainsi convenu que cet accord actait une coalition de majorité parlementaire et qu'il n'était pas un accord de gouvernement. La question de la participation au gouvernement se décidera à l'issue de l'élection présidentielle et dépendra bien évidemment des débats menés lors de celle-ci.
Parallèlement les négociations électorales ont permis de réserver aux écologistes 63 circonscriptions, plus d'une trentaine étant sérieusement gagnables dont une quinzaine en cas de défaite de la gauche. Pour ce qui est des contreparties, nous présenterons ainsi des candidat-e-s écologistes dans toutes les circonscriptions, sauf celles identifiées à fort risque FN, pour éviter l'élimination du candidat de gauche ou écologiste au premier tour.
L'accord a été acté mardi à 15h30 après une rencontre entre Martine Aubry et moi-même. Cet accord a reçu l'assentiment du candidat socialiste à l'élection présidentielle. Il a été soumis au vote du Bureau national. Vous avez ensuite pu suivre dans les médias, l'intervention d'Areva sur un de ses paragraphes concernant le Mox et le retraitement. Pour lutter contre cet accord, les lobbys sont en effet sortis de l'ombre. On a ainsi vu les propos scandaleusement mensongers d'Henri Proglio, président d'EDF, soulignant le million de perte d'emplois qu'entraînerait la sortie du nucléaire (quand la sortie du nucléaire a été créatrice d'emplois en Allemagne). On a vu les éléments de langage d'Areva, complaisamment répétés par des ministres UMP. On a constaté le retrait du budget publicitaire d'EDF dans la Tribune, suite à la publication d'un article sur l'abandon du projet d'EPR par l'entreprise.
Cette ambiguité sur l'intégrité du texte a provoqué chez nous une certaine stupéfaction. Nous devions résister à la provocation. Les virulentes réactions du lobby ont montré l'importance de ce texte. Cet accord trouvé était nécessaire. Il n'est ni un accord écologiste, ni un accord socialiste. C'est un compromis entre deux visions qui porte des propositions ambitieuses pour la mandature qui vient.
Il permet un tournant de la politique énergétique française, placée au coeur du débat ces derniers mois en prévoyant la fermeture de 24 réacteurs d'ici 2025, l'absence de construction de nouvelles centrales sur la mandature, l'abandon progressif des filières du retraitement et du MOX et est une avancée majeure pour une sortie du nucléaire. Il prévoit la révision des infrastructures de transport. Une loi d'orientation agricole refondera cette politique. La contribution climat énergie sera au coeur d'une profonde réforme fiscale. Nous avons acté le retour à la retraite à 60 ans et l'abandon de la RGPP. Sur les questions démocratiques 15 à 20% des député-e-s seront élu-e-s au scrutin proportionnel, le conseil constitutionnel sera transformé, le cumul interdit et la réforme territoriale abrogée en poursuivant la décentralisation. Nous avons inscrit le droit de vote et d'éligibilité pour tou-te-s aux élections locales et une révision des lois sur l'immigration. Les troupes seront retirés d'Afghanistan et la France portera une réforme des institutions internationales. 1% du PIB sera affecté à l'aide publique au développement. Nous soutiendrons également le saut fédéral au coeur du projet européen. L'ensemble des mesures, qui ne peuvent être résumés ici, sont inscrites dans les 23 pages de l'accord.
Je remercie nos négociateurs et nos négociatrices d'avoir écrit, grâce à leur travail acharné, l'accord le plus ambitieux qui n'ait jamais été soumis à notre mouvement. Il permet également à notre mouvement et à notre candidate, Eva Joly, de porter ses revendications et son projet propre lors des campagnes présidentielles et législatives.
Un accord n'est jamais une fin, mais toujours le point d'appui d'une mandature. C'est une étape supplémentaire dans la construction de l'écologie politique en France. Cette construction sera encore longue, mais pour nous toutes et tous, face à la violence des crises présentes et à venir il est urgent d'agir. Les forces conservatrices et productivistes sont nombreuses et puissantes, nous ne l'ignorons pas. Mais nous pouvons les combattre. Dans la société civile, dans l'opinion et, plus sûrement maintenant, au Parlement.
Avec l'assurance de toute mon amitié écologiste, Cécile Duflot
Une réponse ....
Chère camarade,
Merci pour cette longue missive. Je ne sais si vous lirez ma réponse, je n'y crois pas vraiment ... mais peu importe, cela me permet de dire et redire ce que je pense ...
Il suffit de laisser trainer ses oreilles dans quelque bistrot pour vite saisir que l'accord EELV / PS, effectivement, ne fait pas rêver, là je rejoins ce que vient de dire Éva Joly à ce sujet.
Ce que j'en ai retenu spontanément c'est qu'un député (ou une députée) EELV vaut à peu près un réacteur nucléaire ! (arrêter 24 réacteurs et 25 députés espérés) Le quasi renoncement à l'arrêt de l'EPR et de l'aéroport nantais en est le prix à payer ... Est-ce cher payé? Je le pense si l'on tient compte des déclarations péremptoires des uns et des autres dont vous-même : "pas d'accord sans renoncement à l'EPR"! Et finalement vous avez renoncé pour obtenir un groupe parlementaire à moindre prix, y compris avec des parachutes !
Je pense que la discussion était pervertie dès le départ en voulant négocier tout à la fois : un accord politique et un accord électoral, dont on ne retient, comme je viens de le dire, que l'aspect le plus mercantile : "une rente de député(e)", c'est ce que j'ai entendu par ci par là... La démarche de discuter d'abord de l'accord politique et seulement après de l'accord électoral, aurait été plus sereine et je crois mieux perçue.
Si le contenu de l'accord présente de l'intérêt, en revanche le texte en lui-même est vraiment imbuvable: style Programme commun de 1972 avec une longue litanie de ce que l'on fera de mieux, à l'évidence, quand on sera au pouvoir ... Il peut difficilement d'ailleurs en être autrement compte tenu du mal que ce donne le pouvoir actuel à faire mal !
Par ailleurs je me demande, avec cet accord, en quoi la candidature d’Éva Joly présente encore le moindre intérêt, la retirer ferait faire de sérieuses économies, y compris d'énergie !
Vous avez souvent proclamé qu'il fallait revitaliser la démocratie, la pratiquer autrement (donc pas de parachutages sans doute ?) mais pas un mot sur la fracture démocratique qui se développe en France, les taux d’abstention en étant la manifestation la plus visible... Aucun élu local ne se demande ouvertement ce que veut dire d'être élu par 20 à 30% du corps électoral, quelle représentativité, quelle légitimité, cela donne-t-il ? Les "étrangers" de la démocratie sont de plus en plus nombreux, cela ne semble pas particulièrement interroger les politiques, Verts y compris, de plus en plus professionnels de leur côté. Une démocratie censitaire de facto est en train de s'installer (l'euro demandé pour participer à la primaire du PS en est une manifestation symbolique), cette situation est inquiétante pour l'avenir... Maryline Lebranchu, au cours d'un entretien il y a quelques mois, me disait que pour revitaliser la démocratie, il était urgent de revenir au porte à porte (et pas seulement en période de campagne électorale), aux petites réunions aux pieds des immeubles ... pour écouter, pour s'expliquer de vive voix et arrêter les superbes journaux ou tracts que presque personne ne lit ... Je pense qu'elle a raison, mais on n'a plus le temps ou bien on ne sait plus faire... Comment redonner sens à la vie politique auprès des personnes qui en sont exclues? Allez donc parler de l'EPR auprès des gens qui ne savent pas de quoi demain sera fait pour eux, pour leur famille ...
"Tout problème social se double aussitôt d'un problème ethnique, qui se redouble d'un malaise historique. Les violences flambent, il suffit d'une étincelle. L'émeute couve ; l'émeute plaît, l'émeute viendra"; écrit Alexis Jenni dans "L'art français de la guerre" (le prix Goncourt 2011), très intéressant ouvrage, un peu longuet par moment (630 pages !) avec une approche originale de la question de la violence, entre autre ...
Si vous avez un tout petit peu de temps à vous, allez donc voir le film sur le Larzac, c'est réconfortant ... à cette époque (1972), vos parents vous en ont certainement parlé, on parlait déjà du nucléaire dans sa double dimension, civile et militaire, tellement les deux sont liés, alors qu'aujourd'hui le militaire est presque complétement sorti de la discussion, et je lis dans votre accord "sans remettre en cause la légitimité d'une dissuasion nationale indépendante tant que perdurent d'autre arsenaux, la France dira sa disponibilité pour une négociation en vue d'un désarmement nucléaire universel" ... Comment pouvez-vous signer cela, comme si la France ne pouvait pas, seule, sortir rapidement du nucléaire militaire, au même titre que du nucléaire civile? Combien de pays européens possèdent un armement nucléaire ? fort peu et ils ne s'en portent pas plus mal...
Bon, je m'arrête là et je conclus en disant que mon vote EELV pour 2012 est à ce jour sérieusement compromis et je ne sais ce qui pourra me faire changer d'avis.
Cordialement
Pierre Thomé 23 novembre 2011
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