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la Gauche encaisse ... la balle au centre ?
note rédigée le 2 mai 2007
 
mots-clès : résultats élections, F. Mitterrand, LIP, S. Royal, recentrage, bipartisme

1. la gauche en perdition ?
     Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle 2007, toutes “gauches” confondues, confirment, pour des élections nationales sous la 5ème République, la tendance à une perte de représentation de la Gauche en France.


     Avec 36,44% en 2007, la Gauche se rapproche de ses scores de 1965 et de 1969, avec à cette époque la compostion suivante :
°la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) en perdition, Gaston Defferre au 1er tour en 69, obtient 5,1%, loin derrière Jacques Duclos du PCF; la Gauche est absente du 2em tour
°le PSU (Parti Socialiste Unifié), pourtant sorti renforcé de mai 68, mais dans l’incapacité de redynamiser la Gauche socialiste
°le PCF (Parti Communiste Français), seul en mesure de conserver une base électorale à peu près stable.

     Cette situation va conduire à une recomposition complète de la Gauche socialiste menée de mains de maître par François Mitterrand, qui en devient le leader charismatique. “En imposer pour ne pas avoir à imposer, voilà en quoi consiste le charisme” (F. Proust), tel peut être défini ce grand stratège : création du PS en 1971, presque victoire en 1974 et victoire historique de 1981 confirmée en 1988.
     C’est l’embellie, avec une Gauche majoritaire sûre d’elle-même. Mais le Président, malade sans le dire, perd de sa “force tranquille“ et de son pouvoir.

     Un nouveau déclin de la Gauche s’amorce dès 1990. Si F. Mitterrand et le PS y sont pour quelque chose, le PCF aussi certainement ! En effet, la chute du communisme, amorcée fin 89 avec la destruction du mur de Berlin, lui fait perdre ses principaux repères idéologiques et structurels. Il doute de lui-même et son électorat populaire, insécurisé, l’abandonne peu à peu, au profit de l’abstention ou du Front National !

     Le score de 1,93% du PCF en 2007 (en 1969, J. Duclos était à 21,3!) marque sans doute la fin de ce parti, au moins sous cette appellation. Et la fin, aussi, de la belle histoire d’une Gauche révolutionnaire, l’extrème gauche ne profitant pas vraiment de ce déclin. Et les courbes de tendances n’indiquent pas, bien au contraire, un possible renouveau, du moins à partir des modèles actuels.


     Alors nostalgie ? Oui, sans doute, surtout après avoir vu le film documentaire de Christian Rouaud.

     Ce film explore avec finesse les enjeux,économiques, politiques, syndicaux, personnels…, apparus au cours de cette longue lutte rebondissante, enthousiasmante et douloureuse.
     Comités de soutien un peu partout en France et en Europe, ventes “clandestines” de montres, discussions passionnées, analyses pendant et après, autogestion, manifestations (100.000 personnes à Besançon en septembre 1973 !) …, tout cela a beaucoup marqué une génération de militants de “gauche post soixantehuitarde”. Pour beaucoup cette histoire là fait sans doute plus référence que “l’ordre juste“, ou “la France debout!“, slogans quelque peu passe-partout et surtout manquant d'ancrages dans des mouvements sociaux populaires.

2. recentrage ?
     Des élections présidentielles ne se gagnent pas avec un total, toutes tendances confondues, de 36,5% de voix au premier tour, il devient alors nécessaire de chercher ailleurs.
      En 1981, F. Mitterrand avait obtenu 25,85% au 1er tour, un tout petit moins que S.Royal. Mais il disposait d’une bonne réserve avec Marchais (15,35), Crépeau (2,21), Lalonde (3,88), Laguiller (2,30) et Bouchardeau (1,11), soit un total de 49,1%, encore insuffisant ; il lui fallut donc rechercher des voix en direction des absentionnistes (18,9) et surtout de l'électorat du Centre que personne n’incarnait vraiment parmi les candidats de la droite. Il n’a donc débattu avec personne, se contentant d’assouplir son discours pour se montrer rassurant.

     En 2007, S. Royal est dans la même situation mais avec beaucoup plus de risques, vu la faiblesse du score de l’ensemble de la Gauche. Donc elle ne pouvait pas faire moins que de rechercher les voix du centre. Fallait-il pour autant produire le grand show avec F. Bayrou ? En délivrant des messages très contradictoires avant le premier tour “F. Bayrou a toujours été un homme de droite et les restera“ et après “on peut s’entendre sur plusieurs points, il peut faire un bon premier ministre“, il se peut que des électeurs aient été troublés.

3. vers le bipartisme ?
     La stratégie d'alliance de S. Royal, d’un réalisme impressionnant mais vouée à l'échec, prend en compte la perte durable de crédibilité de la gauche et le PS n’y échappe pas. S’en remettra-t-il et comment ? Ou bien va-t-on vers un bipartisme à l’anglo-saxon, avec un parti “conservateur”, incarné par N. Sarkozy et un parti “travailliste” incarné par S.Royal et F. Bayou. Plus quelques petits satellites (Verts, LCR …) chargés d’aiguillonner le tout ?
 
actualisation 16 fév. 2008
 
      La façon prévisible dont N. Sarkozy, omnipotent et confondant, exerce le pouvoir depuis 8 mois, semble bien confirmer l'hypothèse du bipartisme. L'appel récent à la "vigilance républicaine" va aussi dans ce sens, avec l'instauration d'une droite "dure" et d'un centre républicain humaniste. Les signataires de cet appel vont de D. de Villepin à André Gérin (PCF) en passant par N. Mamère (Verts), S. Royal (PS), F. Bayrou ... Un chatte n'y retrouverait pas ses petits !