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| "Gauche y es-tu, que fais-tu ? Je mets ..." note écrite le 16 mai 2007 mots-clés : Épinay 71, PS, Union de la gauche, F.Mitterrand, P.Mauroy, G.Mollet, S.Royal, fondements, réforme-révolution, capitalisme, rupture, refondation
LA GAUCHE EN MAL D'IDENTITÉ 1. refonder peut-être, mais quoi ? La claque du 6 mai, a été bizarrement transformée en appa rente victoire par (ou pour) S. Royal et ses plus ardents supporters. Si l’on se place dans la logique de l’ex candidate consistant à se projeter déjà vers 2012, il y a effectivement victoire personnelle sur plusieurs points : un score plus qu’honorable, une mise au pas, non sans mal, du très lourd appareil du parti socialiste, un renouvellement du langage et de la méthode (débat participatif, utilisation d’internet, beaucoup de mouvement, de dynamisme, d’envie…). Mais, ambitieuse et euphorique, S. Royal n’en fait-elle pas trop ? Elle agit comme si elle craignait de perdre le devant de la scène et en parlant plus aux journalistes qu’elle ne l’a fait devant le Conseil de son parti, elle prend le risque de se mettre à dos un certain nombre de militants. On verra qu’il ne s’agit peut-être pas de la meilleure tactique. En revanche si l’on regarde du côté de la Gauche dans toutes ses composantes, les résultats, sans être catastrophiques, ne permettent pas de pavoiser ! D. Strauss-Kahn vit “la situation comme en 1969: tout doit être remis à plat, sans tabou” et le PS, doit “s’ancrer dans le réel” (le Monde, 11/05/07). Est-ce à dire que ce parti a regardé le monde non pas tel qu’il est, mais de façon trop idéalisée ? Julien Dray, proche de S. Royal, va encore plus loin en déclarant “que le rassemblement de la gauche tel qu’on l’a conçu dans les années 70 est obsolète dans la réalité électorale. La matrice qui a fait le Parti socialiste, c’est-à-dire le congrès d’Épinay, a montré ses limites“. Ii est partisan, avec S.Royal, “d’une alliance arc-en-ciel (…), d’un nouveau rassemblement incluant le Mouvement démocratique de F.Bayrou “en train de larguer les amarres avec la droite. Ce mouvement est irréversible.” (cité par le Nouvel Observateur 10/05/07). Le PS existe officiellement sous cette appellation depuis 1969 après la dissolution de l’éphémère FGDS (Fédération de la Gauche Démocratique et Socialiste) dans l’incapacité de tirer profit de mai 68 avec à la clé une déroute électorale à l’élection présidentielle de 1969 (cf. “la gauche encaisse, balle au centre“). F.Mitterrand ne fait pas encore partie du nouveau PS, il s’occupe discrétement mais efficacement de la Convention des Institutions Républicaines (CIR), qui rassemble plusieurs clubs de réflexion et prépare les véritables fondations et l’élargissement du PS.
2. Épinay 1971, matrice du PS F.Mitterrand arrive à Épinay en catimini mais pas les mains vides, loin s’en faut. Si le CIR ne dispose pas de beaucoup de mandats, en revanche il présente une motion à laquelle se sont ralliées très majoritairement les 2 puissantes Fédérations des Bouches du Rhône (Gaston Defferre) et du Nord Pas de Calais (P.Mauroy). Il faut cependant une alliance avec le CERES de JP.Chevènement pour que cette motion obtienne la majorité contre la motion présentée, entre autres, par G.Mollet, Jean Poperen, Alain Savary (les 2 derniers sont des ex fondateurs du PSU). La différence essentielle entre les deux motions n’est pas idéologique mais tactique. Presque tout le monde est à peu près d’accord (sauf un petit courant “chrétiens de gauche” opposés à toute alliance avec le PCF) pour dire que seule l’Union de la gauche peut permettre la conquête du pouvoir : °pour G.Mollet un “dialogue idéologique” avec le PC est un préalable à toutes discussions sur un programme de gouvernement; ce dialogue doit porter sur le socialisme démocratique, les relations du PC avec les pays de l’Est… °pour F.Mitterrand, c’est illusoire de penser que l’on va résoudre le problème de deux philosophies par un simple dialogue. On avancera, aux yeux des électeurs, en proposant des actions concrètes et en construisant un programme permettant des alliances électorales non seulement avec le PCF mais aussi avec toutes les forces vives dites “de progrès“ du pays. 2.2. les fondements du parti socialiste : F.Mitterrand articule son discours autour de trois questions: ”pourquoi sommes-nous là ? Qu’allons-nous faire de l’unité ? Comment le faire ?” * Pourquoi être là ? Parce que “nous sommes socialistes” tout simplement, dans la diversité avec ”des marxistes, des proudhomistes, des chrétiens, des personnalistes…”, mais aussi dans la cohérence, condition indispensable pour aspirer à l’exercice du pouvoir. C’est la “grande fête du socialisme“. P.Mauroy parle du “congrès de l’UNITÉ socialiste. Pour prétendre au pouvoir, il fallait d’abord réussir l’élargissement et le renforcement de la force socialiste.” * Que faire de l’unité ? - exister physiquemment par le milantisme, “le socialisme en action. On ne peut transformer la société en refusant une puissante organisation politique“ (FM). - exister intellectuellement pour avoir une meilleure connaissance de l’homme et de son destin et pour “l’expression de nos valeurs fondamentales: dignité de citoyens et de travailleurs, justice, droit, démocratie, liberté“ (FM). ”Le vrai pouvoir de notre parti, c’est celui des idées“(PM). - conquérir une très large base électorale, non seulement auprès des socialistes et des communistes, “le front de classe“, mais aussi auprès “des prudents, des indéfinissables”, cet électorat “flottant“ (FM) pouvant faire basculer une élection. “Prenons soins, camarades, de ne pas accentuer le décalage entre la gauche des partis et la gauche du pays” (PM). * Comment faire ? - réforme ou révolution ? “La lutte de chaque jour pour la réforme des structures peut être révolutionnaire“ (FM). La révolution c’est d’abord “une rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste. C’est notre terrain. Il n’y aura jamais de société socialiste sans propriété collective des grands moyens de production, d’échanges et de recherche” (FM). - l’adversaire : “c’est le MONOPOLE, les toutes puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’arge nt qui tue …”. Ne s’en prendre qu’au gouvernement (Chaban-Delmas) “n’a pas de sens si l’on ne touche pas à ce qu’il représente” (FM). “La vérité, c’est qu’il n’y a pas de solution dans le cadre du capitalisme. Il ne peut donc s’agir pour des socialistes d’envisager la limitation de leur action à essayer d’atténuer les effets du capitalisme. Il faut vouloir mettre un terme au système lui-même, vouloir le remplacer” (GM) François Mitterrand sort grand vainqueur d’Épinay et Premier secrétaire d’un parti renforcé pouvant aller sans crainte à la rencontre des autres forces de gauche. Il lui faudra encore 10 ans pour arriver à ses fins, en passant par un nouvel élargissement en 1974 (Assises du socialisme et ralliement de M. Rocard). Cette patiente opiniâtreté dans la conquête du pouvoir devrait inspirer S.Royal ou autres prétendants piaffant d’impatience au point, semble-t-il, d’en oublier quelques fondamentaux. “Laisser du temps au temps” disait L.Jospin.
L’exercice du pouvoir pendant 15 années avec la confrontation aux réalités économiques internationales, a conduit nécessairement à de sérieux ajustements des fondements d’Épinay, sont-ils pour autant tous obsolètes ? C’est à regarder avec attention : * Union de la Gauche : sur quoi pourrait-elle bien reposer aujourd’hui alors que le PCF est au bout du rouleau, que les Verts se diluent de plus en plus, que les radicaux de gauche veulent refusionner avec les radicaux de droite … * un parti socialiste renforcé, unitaire, existant physiquement et intellectuellement: conditions indispensables pour apparaître crédible dans la mise en œuvre des grandes valeurs fondatrices : dignité, justice, liberté, démocratie… Mais actuellement ce n’est pas vraiment l’image de l’unité que montre le PS qui aurait aussi bien besoin de se reconstituer une base électorale solide. * rupture avec le capitalisme, avec les puissances de l’argent : c’est certainement le plus grand renoncement conceptuel et pratique. On peut y adjoindre aussi les notions de lutte des classes, front de classe, nationalisation des grands moyens de production… C’était le fondement principal du socialisme. La question à se poser est sans doute, par quoi le remplacer ? En admettant que le capitalisme soit incontournable et en tentant de rendre plus justes les lois du marché, on n’enlève pas grand chose au pouvoir de l’argent bien souvent dénoncé par les socialistes. Tant qu’il sera possible à un PDG de quitter un grand groupe industriel avec de somptueuses indemnités, tant qu’il sera possible que les grandes banques internationales dégagent d’énormes bénéfices, tant que les grosses entreprises pourront licencier alors qu’elles sont largement bénéficiaires, tant que l’Europe pourra, sur ses produits agro-alimentaires, pratiquer du dumping en direction de l’Afrique, tant que …, la Gauche peut-elle se satisfaire de ce réel là ? Elle devrait donc clairement dire comment elle pense agir pour le transformer. “Reconnaissez ici le monde , reconnaissez ses maux toujours plus réels que ses biens” (Bossuet)
Alors refondation ? Pourquoi pas, à condition de définir de nouvelles bases tant militantes qu’intellectuelles et de tirer enseignement de l’histoire ; par exemple après 1965, F. Mitterrand avait créé un contre-gouvernement qui, chaque semaine, “reprenait publiquement le gouvernement en place sur l’ensemble des problèmes et se saisissait de la vie de tous les jours” (P.Mauroy).
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