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Bonne mère !

note écrite le 27 fév. 2007

 

mots-clés : S. Royal, discours de Villepinte, mère suffisamment bonne, famille socialiste


     Un sage indien raconte, “Quand j’étais beaucoup plus jeune, un vieux monsieur Zuni m’a raconté une légende. Deux jeunes chasseurs sauvent une libellule prisonnière de la boue. Celle-ci leur accorde les souhaits auxquels on a généralement droit dans ce genre d’histoire. L’un des deux exprime le désir de devenir l’homme le plus intelligent du monde. La libellule lui répond «accordé». Mais le second veut être plus intelligent que l’homme le plus intelligent du monde… Alors la libellule, après une longue réflexion, changea le second chasseur en femme. (Tony Hillerman, “le Vent qui gémit”, ed. Rivages, 2003)
     Voilà pourquoi la France aura une femme comme Présidente … si libellule le veut bien !


     Hors les milieux politiques “branchés”, le discours de “Villepin(te)” tant attendu, n’a pas eu beaucoup d’effet dans l'opinion où le Pacte présidentiel restait peu connu. En fait, c’est l’émission de TF1 “j’ai une question à vous poser” du 19 février qui a provoqué le véritable démarrage populaire de la campagne de S. Royal. Depuis, outre une nette remontée de popularité, la candidate s’est vue affubler avec insistance par divers médias d’une image de MÈRE, éventuellement d’assistante sociale ou de madone, images maternelles par excellence. Cette "bonne mère" est “compatissante, attentive, positive, caressante, enveloppante“, Mais cette représentation a-t-elle été vraiment voulue ? En d’autres termes, S. Royal veut-elle être la “bonne mère” de tous le peuple de France “debout”? La reconquête de l’électorat populaire passe-t-elle par là ?

     Certains courants féministes n’y vont pas par 4 chemins : “la maternelle” S. Royal représenterait tout le contraire du féminisme ! Ainsi,
Clémentine Autain, ex candidate déçue de la gauche antilibérale, écrit dans son blog ” jouer une fibre essentialiste est une pente dangereuse: cela enferme les femmes dans leur rôle de mère. La candidate socialiste se pose une fois de plus en figure maternante, rappelant son appartennace de genre pour s’y enfermer au lieu de s’en émanciper et dons de nous en émanciper toutes“.

Virginie Despentes, dans son dernier livre au vitriol ”King Kong Théorie” (2006, ed. Grasset) pense que “la maternité est devenue l’aspect le plus glorifié de la condition féminine (…) La maman sait ce qui est bon pour son enfant, on nous le répète sur tous les tons, elle porterait intrinsèquement en elle ce pouvoir stupéfiant. Réplique domestique de ce qui s’organise dans le collectif : l’État toujours plus (maternel) (…) Quand Sarkozy réclame la police dans l’école, ou Royal l’armée dans les quartiers, ce n’est pas une figure virile de la loi qu’ils introduisent chez les enfants, mais la prolongation du pouvoir absolu de la mère”.

     Ce n’est pas tout à fait ce qu'ils réclament mais admettons, l’exagération servant à mieux faire comprendre …
     Pour l’une et l’autre la posture maternante de S. Royal est une véritable imposture interprétée comme ”dangereuse ou absolue” voire totalitaire ! Et en tout cas n’entrant pas dans les canons du féminisme. Nous les laisserons continuer ce grand débat, tout en conservant l’hypothèse d’une Présidente-mère pour tenter d’approfondir la question en allant sereinement voir du côté du DOUDOU cher à Donald Winnicott, pédopsychiatre anglais (1896-1971).
     Pour ce dernier le doudou ou “objet transitionnel” entre mère et enfant, est ancré sur la notion de “mère suffisamment bonne“, mère entendue ici en tant qu’environnement incluant la mère, mais aussi le père et toute autre personne pouvant être amenée à “suppléer” les parents : grands-parents, nounou ... Une mère suffisamment bonne ne l’est ni trop, ni pas assez ! C’est-à-dire qu’elle doit et sait dire non, tout en gardant une attitude permettant à l’enfant de percevoir que le non n’est pas une perte d’amour, qu’il ne s’agit pas “d’une privation brutale des soins reçus et subitement retirés“.


     Aux yeux de nombreux téléspectateurs Ségolène Royal est certainement apparuesuffisamment bonne :
* en faisant preuve de compassion à l'égard d'une personne handicapée,
* en se montrant bien disposée à l’égard de tous les participants, y compris les plus “vachards” comme l’agriculteur pour qui “les politiques sont tous les mêmes, des fumistes” ou ce cadre retraité sans doute membre ou proche du FN ; tous deux, est-ce un hasard, intervenant dans les derniers,
* en pouvant calmement dire “non Madame, l’apprentissage à 14 ans n’est pas une bonne chose ...” Et c’est à ce moment là qu’elle introduit subtilement un brin plus personnel en faisant allusion à sa fille de 14 ans qu’elle ne voit pas en apprentissage.

 
     Maternante ou non, quelle importance finalement ! Disons que la posture de S.Royal entre dans une logique de reconquête de l’électorat populaire désabusé, désillusionné. Et ça a tout l’air de marcher ! Mais il n’est pas évident qu’une partie de la gauche tendance “bobos” suive ce mouvement.
     Une fois élue, le plus dur sera sans doute de tenir cette posture. L’exercice du pouvoir confronte les engagements à la réalité, ce qui conduit à des réajustements difficiles à expliquer.


     Enfin dernier acte familial en date, Ségolène Royal fait appel aux grands-parents, tontons, tatas, … pour la suppléer dans certains domaines, tout en écartant des cousins trublions. Mais on peut se demander si ce rassemblement familial est bienvenu pour plusieurs raisons :
°2 femmes sur 13, bonjour la parité !
°S. Royal se réjouit de rassembler “toute la grande famille socialiste”, ce “toute” ne semble pas juste, qu’en est-il, par exemple, de Michel Rocard, ancien premier ministre ?
°le PS et sa candidate rappellent avec force la distinction gauche-droite en s’en prenant avec virulence à F. Bayrou, on peut donc s’étonner de la présence parmi les 13 de B. Kouchner, chaud défenseur d’une alliance d’Union nationale avec, entre autres, F. Bayrou ; même remarque d’ailleurs pour G. Collomb (maire de Lyon) à peu près sur le même positionnement.
°une moyenne d’âge relativement élevée, au moment où l’on parle de la nécessité d’un rajeunissement de la classe politique.
°des spéculations sans fin sur le possible premier ministre, est-il parmi les 13 ?

 
     L’histoire dira vite ce qu'il advint de ce comité familial mort-né car jamais réuni !


 

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