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"Osez, Osez Ségolène"
note écrite le 11-11-2006
mots-clés : S. Royal, idées, délinquants, armée, service civil obligatoire
 
     «On a parfois le sentiment que la roue de l’histoire tourne carrément à l’envers», écrit S. Royal dans le chapitre 2 «les désordres de l’emploi et du travail» d’un livre non paru ! Elle dit cela à propos de l’évolution de certaines entreprises revenant aux pires fonctionnements des «manufactures dispersées» du 18° siècle.
     Cette phrase pourrait être reprise pour les solutions qu’elle avance à propos de la délinquance. La proposition d’internat «punitif» à encadrement militaire ressemble fort en effet aux colonies agricoles du 19°S., au fonctionnement très militarisé. On y plaçait d’autorité les enfants «vagabonds», orphelins et délinquants. Ces colonies à la discipline de fer, Mettray (près de Tours) et Belle-Ile-en-mer étant les plus célèbres, sont devenues au fil du temps de véritables bagnes, déclenchant de grandes campagnes d’opinion contre les abus qui y étaient constatés.

     Plus près dans le temps, on peut évoquer une réponse américaine à la délinquance : des centres clos à encadrement militaire, alternatifs à la la prison. La pédagogie (!), s'inspirant de la psychologie comportementaliste, est fondée sur le style «commando» avec des séances publiques de culpabilisation et d’autocritique, des brimades, etc. Les résultats sont jugés bons à court terme, beaucoup plus mitigés à moyen terme lorsqu’on les jeunes sont revus 1 an après leur séjour (6 ou 12 mois).
Nous n’en sommes pas encore là, mais les dérives peuvent vite arriver dès que l’on envisage un recours à l’armée dans des rôles qui ne sont pas les siens. Aussi avant d’avancer de telles solutions, il serait peut-être nécessaire de clarifier quelques idées importantes :

  • l’idée de délinquance : en fonction de quoi peut-on dire qu’il y a trop de délinquance ? Certes, il y en aura toujours trop mais de là à imaginer une utopique société à "zéro défaut" où tout le monde se mettrait bien sagement en ordre (juste, cela va de soi), il y a un pas infranchissable. Depuis un siècle des espaces de liberté se sont grandement ouverts, laissant beaucoup de place, pour les jeunes en particulier, aux initiatives et aux expressions de toutes sortes y compris les plus interrogeantes. On ne peut raisonnablement envisager un retour en arrière et ce d'autant plus que dans le même temps, le Droit s’est développé permettant de nombreux recours en cas de difficulté ou de manquement. Qui dit le Droit ? Qui a pouvoir de sanctionner, si ce n’est la Justice ? On doit donc surtout veiller à sauvegarder l'indépendance de cette institution et à lui accorder les moyens pour que "Sujet de droit, dans un Etat de droit" soit vraiment une réalité pour tous. La délinquance est-elle en augmentation depuis le 19°S. ? En valeur absolue, certainement, en valeur relative, c'est-à-dire les chiffres mis en rapport avec l’augmentation de la population, on ne peut avoir aucune certitude, tant les modalités d'enregistrement et de comptages des actes délictueux ont changé au fil des ans.
  • l’idée d’une armée "éducatrice" : l’armée peut-elle l'être et en a-t-elle les moyens ? Il serait peut-être utile de repréciser ses missions, alors qu’elle est devenue très professionnelle, avant d’en faire une alternative à l’emprisonnement. S. Royal est une nostalgique du service militaire obligatoire présenté comme "un grand rituel de passage". Admettons, mais il y a peut-être d’autres rituels, moins précis et surtout moins uniformes, jouant tout aussi bien le rôle du "passage".
  • l’idée de service civil dont l’obligation souhaitée fera certainement problème au regard de la Convention européenne des Droits de l’Homme. Et, plus important, peut-on envisager l'action humanitaire comme obligatoire ou bien s’agit-il fondamentalement d’un choix de vie ?

Lire également «la confusion», note pertinente (parmi d’autres) du blog de Jean-Pierre Rosenczveig, juge des enfants en Seine-St-Denis.