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violence, délinquance
notes écrites les 12 déc.2006 et 2 fév.2007
 
mots-clés : violence, nature humaine, Droit, délinquance des jeunes, bouc émissaire
 
1. Peut-on éradiquer la violence ? Ou le mythe du paradis perdu
 

     On peut imaginer ou croire que, avant la pomme d'Adam et Ève, la violence n'existait pas ! Ce mythe, porté par les religions, conduit parfois à l'illusion de la construction d'une société qui serait sans violence.
     N'est-ce pas là faire peu cas de la nature humaine qui, comme toute nature du monde animale, a une composante existentielle agressive, celle-ci pouvant parfois se muer en violence sous des formes plus ou moins élaborées : la guerre étant sans doute la forme la plus organisée, le viol faisant partie des plus archaïques, puisqu'il s'agit là d'un acte primitif hors raison. Aussi parler d'éradiquer (=déraciner), expression  souvent brandie comme un slogan, c'est-à-dire éliminer définitivement toutes formes de violence, relève de l'idéal, du mythe et ne peut être un objectif sociétal réaliste.

     Reconnaître la (sa) violence n'est-ce pas la première démarche d'identification nécessaire pour que le Droit puisse s'exercer à l'égard de tous les acteurs, qu'ils soient victimes ou auteurs. Dans ce domaine, des associations, des mouvements ont permis des avancées indéniables, la principale étant sans doute celle de la parole : la maltraitance à l'égard de qui que ce soit, le viol, le racket ... sont de moins en moins recouverts de silence et les victimes hésitent moins à porter plainte.
     On doit encore aller encore plus loin : moins de suspicion ; des policiers, des juges, des avocats plus disponibles et mieux formés à l'écoute des plaignants ; des structures d'accueil en plus grand nombre ... Il reste à faire, alors faisons tout en restant vigilants car il y aura toujours à faire !

     Parler plus des violences, veut-il dire que celles-ci seraient en augmentation ? Pour certains il y a plus d'actes de violence aujourd'hui, sous-entendu que "tout fout le camp !", la morale, l'autorité ... Pourtant rien n'est moins sûr. Pour quantifier ces actes, on utilise soit soit les plaintes enregistrées par la police ou la gendarmerie, soit les enquêtes de l'Observatoire National de la Délinquance, OND,(rattaché au ministère de l'Intérieur). Leur accroissement relatif et variable d'une année sur l'autre, ne signifie pas pour autant un plus de violence puisque de nombreux faits ne sont plus gardés sous silence. Les chiffres en la matière sont donc à manier avec précaution.

~lire : "enquête de victimation 2006", Grand Angle, bulletin statistique de l'OND N° 10.

 

2. délinquances des jeunes

     Qu'est-ce qui fait que la délinquance des jeunes polarise tant l'attention ?
    
Les médias l'évoquent souvent comme un fait de société inquiétant. Analyse suprenante et qui participe certainement au développement du sentiment d'insécurité. Poser dans son entourage la question : "qu'est-ce que vous mettriez en premier dans la délinquance ?", obtient généralement en réponse "
la délinquance des jeunes : vols et incendies de voitures, agressions, racket".
     Si donc les grands médias citent abondamment les résultats de la délinquance des jeunes, en revanche les chiffres de la délinquance financière le sont beaucoup moins. Et pourtant ...
     En 2005, (sources : ministère de la Justice, variables de l'ordre de ±5%) :
  ° 3.800.000 crimes et délits recensés en France, soit une progression de 0,74% sur un an, alors que la croissance de la population est 2,25%
  ° les délits contre les personnes représentent 6,75%
  ° les infractions économiques et financières (dont utilisation de chèques ou cartes bleues volés représentent 9,30%, soit 350.000 délits dont 18.500 pour abus de confiance, corruption, blanchiment d'argent, abus de biens sociaux
  °143.000 mises en causes concernent des mineurs soit 20% du total des personnes mises en cause (la même personne peut être mise en cause plusieurs fois dans la même année)

 

     De 2000 à 2005, la progression des saisines des juges des enfants en France (source : ministère de la Justice), au titre des mineurs en danger ou délinquants, est de 3,5%. Durant la même période, la population 0-18 ans a progressé de 0,7%.
     Les chiffres de la grosse délinquance financière (blanchiment, abus de biens sociaux ...) sont difficiles à trouver et font rarement la Une. Cette délinquance là est en fait peu visible, ne génère pas un sentiment d'insécurité  et concerne une population aux origines sociales les plus diverses ; la "délinquance en col blanc", est beaucoup mieux tolérée, semble-t-il.

     Quelles peuvent être alors les raisons qui provoquent une telle attention aux jeunes délinquants ?
~ d'abord, ils sont jeunes ! Ce qui est peut-être une évidence, mais provoque généralement beaucoup de réactions à propos de l'éducation reçue, des origines ethniques et sociales, des conditions de vie ...

~ leurs actes de délinquance sont très visibles, provocants, violents. Et ces jeunes font peur. "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte", titre (emprunté à V. Hugo) du dernier livre de Thierry Jonquet, où il évoque la vie de ces jeunes.


     Ces explications n'expliquent sans doute pas tout à elles seules, aussi  pour tenter d'aller un peu plus loin on propose cette hypothèse :
une société a besoin de "boucs émissaires" (cf. la "Violence et le sacré" de
René Girard), c'est-à-dire d'individus ou de groupes d'individus servant d'exutoire à nos peurs réelles ou imaginaires. Ce qui permet la mise à distance de nos propres violences. Cela peut aller parfois jusqu'au "sacrifice" (les 2 jeunes morts électrocutés, par exemple). L'ordre social serait à ce prix. Certains médias, par l'importance accordée à tout évènement, même minime, impliquant des jeunes, participent ainsi à ce phénomène du bouc émissaire en l'amplifiant, en le portant, en quelque sorte, sur "l'autel du sacrifice médiatique".


     Si cette hypothèse était vérifiée, elle permettrait sans doute d'y voir plus clair pour envisager des politiques agissant sur les causes mieux repérées de la situation et non de brader des solutions impératives comme, par exemple,les internats "punitifs" (cf. "osez, osez, Ségolène") avec encadrement militaire ou bien le "service civil obligatoire" présenté comme le nec plus ultra de la reconstitution du lien social. Ce caractère obligatoire, à supposer qu'il soit réalisable, à de quoi laisser songeur. Comment en effet imaginer que la participation réelle à des actions humanitaires, sociales, culturelles, puissent avoir lieu sous la contrainte de l'obligation ? De plus, l'article 4 de la Convention européenne des droits de l'Homme pourrait faire assimiler ce caractère obligatoire à du "travail forcé".

     En attendant, moins d'emballement et un peu plus de réflexion seraient bienvenus ; on suggérera que le pouvoir exécutif issu des élections, soit très attentif à ce que la Justice et la Police disposent des moyens suffisants pour mettre en oeuvre le Droit civil et pénal dans toutes les affaires sans exception et dans des délais satisfaisants.